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HISTORIQUE DU BRAILLE

Le braille est un système de lecture et d'écriture en mode tactile qui, depuis son invention au début du XIXe siècle, a dû faire face à un grand nombre de défis. Les pages qui suivent vous montreront comment il a su y répondre au cours de son évolution et comment il relève aujourd'hui les défis majeurs de la technologie et de la mondialisation.

Le Braille, système de lecture et d'écriture pour les aveugles, constitué de points en relief, porte le nom de son inventeur, Louis Braille.

Mise au point vers 1825, alors que Louis Braille n'a que seize ans, cette méthode a été précédée par d'autres tentatives pour permettre l'accès de la lecture aux personnes handicapés de la vue.

Avant l'invention du braille

Le premier essai connu d'écriture susceptible d'être perçue par les aveugles remonte au XIVe siècle. Un savant professeur arabe, aveugle, Zain-Din Al Amidi, avait imaginé une méthode qui lui permettait d'identifier ses volumes et de résumer par écrit certaines informations.

À partir du XVIe siècle, plusieurs tentatives sont enregistrées en Europe: celles de Francisco Lucas de Saragosse, en 1517, de Rampansetto de Rome, vers 1575, de Pierre Moreau de Paris, en 1640, de Georges Harsdorffer de Nuremberg, en 1651, du Père Lana, en 1670, de Terzi, vers 1676.

Ces tentatives n'ont pas de suite: soit que les procédés sont trop complexes, les uns constitués de lettres creusées dans le bois ou la cire, les autres formés de points et de figures, d'autres encore utilisant des lettres de métal en relief, rugueuses; soit surtout qu'il n'existe aucune école pour aveugles, aucun regroupement susceptible d'en assurer le perfectionnement et la diffusion.

En 1784, Valentin Haüy fonde à Paris l'Institution Royale des Jeunes Aveugles et propose à ses élèves une méthode de lecture de sa conception. Les caractères de l'alphabet romain sont reproduits sur papier, en relief, dans des dimensions beaucoup plus étendues que celles utilisées dans l'imprimerie.

Cette écriture gaufrée, si peu faite pour les doigts, est difficilement déchiffrable, l'étendue des caractères et les courbes qui les constituent rendant l'image qui en résulte très imprécise.

Un précurseur : Barbier

Le véritable précurseur du braille fut le Capitaine Nicholas-Marie-Charles Barbier de la Serre, les nécessités de la guerre l'ayant incité à élaborer un système qui permettait aux officiers en campagne de rédiger, dans l'obscurité, des messages codés et "éventuellement d'en déchiffrer avec les doigts".

Inventé vers 1808, ce système fut appelé "l'écriture nocturne". Toutefois, c'est plus tard que Barbier commence à percevoir les avantages que les aveugles pourraient en tirer. Proposé à l'Institution Royale des Jeunes Aveugles en 1819, le système soulève l'enthousiasme des étudiants parmi lesquels on compte Louis Braille qui y a été admis quelques années auparavant et qui se serait alors écrié: "Des points, c'est cela qu'il nous faut".

La méthode proposée par Barbier comporte des traits et des points; bientôt, réalisant que les points sont plus facilement perceptibles au toucher, il renonce aux traits et ne conserve que les points.

Des enquêteurs chargés d'évaluer le système Barbier, vers 1823, portent le témoignage suivant: "L'écriture ordinaire est l'art de parler aux yeux, celle qu'a trouvée Monsieur Charles Barbier est l'art de parler au toucher". "C'est reconnaître la supériorité psychologique du point sur le trait lisse, du caractère simple sur le caractère complexe, association de lignes droites ou courbes".

Mais le système préconisé par Barbier comporte des éléments qui le rendent impropre à être utilisé par les aveugles. Il est relativement complexe et uniquement phonétique; de plus, il peut, pour un seul caractère, comporter jusqu'à 12 points, et l'aire étendue occupée par chacun en rend impossible une perception globale.

Les élèves de l'Institution Royale des Jeunes Aveugles tentent de perfectionner la "sonographie" de Barbier, et Gabriel Gauthier imagine un système d'écriture qui a été depuis perdu.

De Barbier à Braille

C'est à Louis Braille que revient tout entier le mérite d'avoir inventé le système d'écriture qui porte son nom, même si "entre le Braille et le Barbier, il y a filiation:

"Là s'arrêtent les emprunts de Louis Braille. Pour le reste, pour l'essentiel, l'originalité de Louis Braille est indéniable".

Le système braille est le résultat de nombreuses recherches de la part de son auteur, mais on peut dire que, dès 1825, alors que Louis Braille n'a que seize ans, "ce système est conçu dans ses parties essentielles".

Structure

Le braille est constitué d'une série de points en relief. Un caractère contient de un à six points placés sur deux colonnes de trois rangées, mesurant de 6 à 8 millimètres de hauteur et de 3 à 4 millimètres de largeur.

Il est d'usage d'associer un chiffre à la position de chacun des points dans la matrice. Les points sont donc désignés de la façon suivante:

Sommaire : Présentation de la cellule braille Tableau imbriqué avec 3 colonnes et 3 rangées, niveau d'imbrication 1 point 1--> · · <--point 4 point 2--> · · <--point 5 point 3--> · · <--point 6 Fin du tableau

Il est à observer que les séries deux, trois et quatre sont formées par l'addition d'un ou de deux points aux caractères de la première série, qui elle ne se sert que des quatre points de la partie supérieure de la matrice de points pour constituer ses dix caractères:

La cinquième série est une translation de la première sur les quatre points de la partie inférieure de la matrice de points. Ces caractères servent à exprimer la ponctuation. La sixième série est composée de caractères ne comportant ni point 1 ni point 2 mais toujours au moins un point 3. Tandis que la septième série ne comporte que des caractères formés de points situés uniquement dans la moitié droite de la matrice de points.

Ces 64 caractères braille ont une signification fondamentale appelée valeur de base. Mais ces caractères fondamentaux peuvent être combinés de façon à former toute une nouvelle symbologie servant à exprimer le mieux possible l'élaboration des procédés de l'imprimé courant.

Diffusion

Le système braille ne s'implante pas sans controverse. Mais, dès 1827, on transcrit en braille des extraits d'un ouvrage: La Grammaire des Grammaires et, en 1829, La Grammaire de Noël et Chapsal.

Toutefois, ce n'est qu'en 1854, deux ans après la mort de Louis Braille, que son système est officiellement reconnu en France.

Dans les autres pays de langues européennes, on utilise divers systèmes constitués de traits en relief, de points disposés de façon différente de ceux du braille, de traits lisses et de points agencés: Moon, Fry, Gall, Lucas, Frere, Wait (braille américain), etc.

L'année 1854 marque le début de la diffusion du braille à l'extérieur de la France. Mais certains organismes, tout en adoptant l'écriture ponctuée, lui font subir des modifications: ainsi, à kleipzig, on attribue aux lettres le plus fréquemment employées les signes comportant le moins de points. Ce n'est donc qu'en 1878, au Congrès Universel pour l'Amélioration du Sort des Aveugles, tenu à Paris, qu'est fortement suggérée l'adoption du système braille français non modifié pour tous les pays.

Aux États-Unis, plusieurs systèmes se partagent la faveur des lecteurs aveugles: caractères romains en relief, braille, Moon, braille américain (Wait System).

L'invention, vers la fin du XIXe siècle, de la machine à écrire le braille, par Frank H. Hall, et la diffusion de cet appareil, contribuent, aux États-Unis, à faire triompher le braille de son principal compétiteur, le braille américain (Wait System).

Vers 1918, on peut dire que le seul système utilisé aux États-Unis est le braille. Cependant, l'uniformisation des abrégés pour la Grande-Bretagne et les États-Unis n'a lieu qu'en 1932.

Dans les pays de langues non européennes, le braille fait son apparition en 1870.

Cependant, comme le note Pierre Henri: "Partout où les aveugles lisent, ils le font avec le système braille -- l'expérience a prouvé que le toucher refusait toute autre solution -- mais pas toujours avec l'Alphabet Braille".

"Lorsque dans les pays de langues non européennes on a voulu adapter l'alphabet local aux besoins des aveugles, on a le plus souvent... mis en regard l'alphabet local et le tableau des signes braille, puis à la première lettre on a attribué le premier signe, à la seconde lettre, le second signe, et ainsi de suite...". Ces adaptations occasionnent de multiples imbroglios, de sorte que, parfois, dans une même langue, le même signe ne représente pas la même lettre. Une uniformisation s'avère indispensable.

L'UNESCO confie ce travail au Conseil Mondial du Braille, fondé officiellement en juillet 1952.

Abréviations

Pendant plus de quarante ans, on écrit le braille en intégral, chaque lettre d'un mot étant représentée par un caractère braille. Mais on s'est rendu compte qu'en diminuant le nombre de signes à percevoir, la lecture devenait plus rapide, les ouvrages, moins volumineux et les coûts, toujours très élevés, réduits de façon appréciable. On évalue à 40 pour cent la réduction de l'espace requis en utilisant les abréviations, grâce auxquelles un caractère braille ou un groupe de signes remplacent un mot ou une syllabe. (Ex.: "b" abrège "bien".)

Beaucoup de langues possèdent un système d'abréviations braille qui leur est propre et qui est plus ou moins élaboré.

C'est en 1881 que Maurice de la Sizeranne introduit l'utilisation des abréviations dans le braille français; on en compte alors 263. En 1924, M. Georges Raverat, de l'American Foundation for Overseas Blind Fund (AFOBF) conçoit le projet de produire une extension de l'abrégé orthographique français alors utilisé, que l'on prend l'habitude de désigner par le sigle AOE (Abrégé orthographique étendu), le sigle AO (Abrégé orthographique français) désignant l'abrégé de Maurice de la Sizeranne.

De même que pour les langues vivantes, certaines modifications sont périodiquement apportées à l'abrégé orthographique.

Vers 1950, M. Raverat réunit à Paris des représentants des pays de langue française en Commission internationale (France, Belgique, Suisse, Canada) dans le but d'uniformiser et d'amplifier le système d'abréviations déjà en usage. Ces travaux aboutissent, en 1951, à l'établissement d'un nouvel index qui subit une légère mise au point en 1955.

"Deux chiffres suffisent à mesurer le chemin parcouru depuis 1925 dans ces étapes successives: alors que le total des contractions et des mots ou locutions abrégés en AO, dans son édition la plus complète est de 287, il est pour l'AOE actuel de 948".

"(...) il semble bien que notre abrégé étendu actuel représente à peu près la limite de l'effort d'assimilation que l'on puisse demander à l'ensemble des usagers courants (...))".

Une caractéristique de l'Abrégé orthographique français est que, contrairement à ceux de plusieurs autres langues, il respecte la division syllabique.

L'abrégé orthographique est constitué :

  • d'assemblages de lettres qui entrent dans la composition des mots; ex.: bl, br, ieu;
  • de petits mots représentés par un seul signe; ex.: faire, quoi, rien;
  • de mots représentés par plusieurs symboles:
  • Une fondamentale et ses dérivés constituent une famille.
  • de locutions; ex.: à présent.

    Autrefois, le premier degré d'abrégé, Ao (Abrégé orthographique français), qui comportait 364 symboles de base et 143 dérivés, était graduellement acquis à l'élémentaire, tandis que le second degré, AOE (Abrégé orthographique étendu), et qui était un complément du premier degré, était normalement acquis dès la première année du secondaire.

    Au cours des années 80, l'apprentissage de l'abrégé complet est réparti sur les quatre dernières années de l'élémentaire. Mais l'aménagement en catégories des symboles de l'abrégé, à partir de considérations aussi bien logiques que pédagogiques, n'est pas facile. Un groupe de professeurs concernés, mandatés par le ministère de l'Éducation du Québec, en est arrivé à une division inspirée de la répartition en séries logiques du père Jean Le Reste de France.

    Dans les années 90, une nouvelle révision de l'abrégé a été réalisée sous l'égide du Ministère de l'éducation du Québec. Elle consiste à compléter les familles. Le résultat de ces travaux a été adopté au niveau de l'éducation au Québec, mais constitue une proposition à l'échelle internationale.

    Normes relatives au braille littéraire

    Au début des années 80, avec l'intégration des jeunes aveugles du Québec dans les écoles régulières du ministère de l'Éducation, s'est fait sentir le besoin de normes beaucoup plus élaborées que ce que les conventions restreintes d'alors pouvaient réglementer en matière de braille littéraire. Chaque élève handicapé de la vue, et c'était là une condition essentielle à l'intégration, devait pouvoir disposer, en braille, des mêmes manuels de classe que ses camarades. Une grande quantité de matériel didactique devait être produite.

    En 1984, le ministère de l'Éducation mandate M. Paul-Henri Buteau, pédagogue et administrateur, pour poser les bases d'un code destiné à réglementer l'usage des symboles et les méthodes de mise en page braille. Ce premier effort de rationalisation a fourni les cinq premiers fascicules des "Normes relatives au braille littéraire". Les cinq fascicules se répartissent ainsi:

    Puis, en 1987, le ministère confie à Mme Nicole Trudeau le soin de poursuivre la série des fascicules de VI à XI portant respectivement sur:

    La somme de ce travail aboutit au printemps 1990, au lancement officiel du premier tome des normes relatives au braille littéraire intitulé "CODE DE TRANSCRIPTION DE L'IMPRIMÉ EN BRAILLE", conjointement par le ministère de l'Éducation du Québec et l'Institut Nazareth et Louis-Braille. Le présent ouvrage est réalisé en conformité avec ce code.

    Désormais, au Québec, tous les ouvrages didactiques transcrits en braille doivent l'être selon les normes relatives au braille littéraire consignées dans le CODE DE TRANSCRIPTION DE L'IMPRIMÉ EN BRAILLE.

    Autres codes braille

    L'intégration des jeunes aveugles dans les classes régulières du système scolaire au Québec passait par la transcription en braille d'une grande quantité de manuels scolaires dans toutes les matières et pour tous les niveaux. Il fallait - et il faut encore - transcrire des manuels de français, d'histoire, de géographie, de sciences morales etc., mais aussi de sciences et de mathématiques. Ces manuels de sciences et de mathématiques des années 80 présentaient des défis de transcription que le code Bonham ne pouvait relever. Aussi, le ministère de l'Éducation confie-t-il, dès 1981, à M. Paul-Henri Buteau le soin de faire traduire et d'adapter au français le code Nemeth américain pour la notation mathématique et scientifique en braille. Ce code possédait la souplesse d'application et de développement nécessaire pour répondre à l'ampleur et à la rapidité des changements dans le domaine de l'enseignement des sciences et des mathématiques. En 1983, le document est publié par le ministère de l'Éducation et désormais tous les ouvrages de mathématiques seront transcrits d'après les règles contenues dans le code "Notation mathématique et scientifique en code braille Nemeth".

    Joseph Nemeth, un Américain, docteur en mathématiques et atteint de cécité complète, inventa le système auquel il donna son nom pour exprimer les réalités nouvelles des sciences et des mathématiques d'après la dernière grande guerre. Pour cela, il lui fallait d'abord distinguer spécifiquement les chiffres des lettres: dans le braille littéraire, les chiffres sont représentés par les lettres de a jusqu'à j précédées du signe numérique. Il attribua donc une valeur numérique aux dix symboles qui constituent la cinquième ligne du tableau des signes braille. Ceci affectait évidemment la ponctuation. Il introduisit alors plusieurs indicateurs qui permettaient d'élargir ou de restreindre la signification d'un signe ou même de changer sa valeur. De cette façon, en plus de pouvoir exprimer la ponctuation et les chiffres avec les mêmes symboles, il pouvait représenter les alphabets grec, russe, allemand et hébreu, nécessaires en mathématiques, avec plusieurs graphies différentes. Puis il ajouta des indicateurs de position, de direction et de formes qui lui permirent de coder les niveaux d'exposants ou d'indices, les directions des flèches aussi bien que les formes géométriques, par exemple. Enfin, l'emploi de modificateurs lui fournirent un grand nombre de symboles composés additionnels utilisés pour la représentation des nombreux signes d'opération et de comparaison ainsi que pour les symboles d'enserrement, les radicaux et les éléments de logique.

    Assis solidement sur ces bases, le code Nemeth est là pour rester. En plus d'une grande flexibilité, il a démontré une immense capacité de développement en débouchant sur des codes adjacents servant à exprimer les réalités de sciences connexes telles la chimie ou l'informatique.

    Le code Nemeth, tout comme le code littéraire, est un code premier. C'est-à-dire qu'il régit tout lors de la transcription d'un ouvrage: le format des pages et des volumes aussi bien que les symboles et leur utilisation. Tandis que les codes adjacents, ou seconds, comme le code Spanner pour la notation musicale, le code pour la notation chimique ou pour la notation informatique, sont des codes d'appoint utilisés ponctuellement pour exprimer une réalité spécifique. Souvent, ces codes seconds sont munis d'indicateurs avertissant le lecteur de leur prise en charge totale des règles de transcription et de leur renvoi au code premier.

    Cette façon de juxtaposer ainsi des codes spécialisés est la manière américaine de relever les défis modernes du braille à l'aube du XXIe siècle. La France offre des alternatives. L'évolution des machines devance celle des conventions et les techniques et impose la nécessité de créer ou d'emprunter ailleurs les codes spécialisés dont nous avons besoin pour une transcription fidèle et complexe. Le Québec, malgré son penchant tout naturel pour la francophonie, a choisi de s'aligner sur la pensée nord-américaine en adoptant officiellement le code Nemeth en 1983 pour toutes ses transcriptions d'ordre scientifique ou mathématique. Désormais les développements se devaient d'aller dans ce sens. Ainsi, en 1990, le ministère de l'Éducation reconnaissait le "Code pour une notation informatique en braille" et d'autres sont en préparation. Ne devrions-nous pas chercher l'universalité qui nous est le plus accessible ?

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