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INTRODUCTION

Parler de handicap dans notre société est souvent ambigu. En effet, la plupart du temps c'est soit difficile ou soit trop facile, cela entraîne de l'incompréhension, de la peur ou de la pitié. Un mur sépare les "valides" des "autres". Il y a "le monde des aveugles" et "le monde des voyants". Cette situation est souvent due à un manque d'informations, de dialogue et de partage. On n'ose pas parler à une personne en fauteuil, ou seulement de choses banales telles que de la pluie et du beau temps. On ne sait pas comment se comporter : pas assez de considération ou trop de pitié, on ne sait pas tout simplement... On sait uniquement que les déficients visuels utilisent une canne blanche et que les déficients auditifs utilisent la langue des signes, au même titre qu'un handicapé moteur se déplace en fauteuil roulant, mais dépasser cela pour faire connaissance ou au moins considérer la personne à part entière n'est pas si facile. Une relation équitable est souvent difficile à trouver, une hiérarchie s'impose trop souvent. Le déficient visuel en est un exemple parlant. Pour la plupart des gens, il manque un sens à l'aveugle. Il est donc forcément inférieur au voyant, ou il a tellement bien compensé ce manque qu'il doit être beaucoup plus fort que la plupart des gens.

Mais hormis l'absence d'intégrité de cet organe sensoriel, voyants et non voyants sont-ils réellement si différents ?

Il est vrai que l'absence de la vue ou le fait de mal voir a des conséquences importantes dans la vie de tous les jours, aussi bien sur la personnalité de la personne que sur sa psychologie. Mais chaque situation est différente. En effet, le déficit visuel initial ou secondaire, partiel ou total, survenu de manière brutale ou progressive va influencer le développement et la personnalité de la personne de façon tout à fait spécifique. Nous ne voulons en aucun cas généraliser ou stigmatiser des comportements et des réactions, mais seulement mettre en exergue des caractéristiques communes à la population des personnes atteintes de déficiences visuelles.

Comme le précise Pierre Henri (1969), l'aveugle se prépare, aspire de toute son âme à penser, à sentir, à agir,à travailler comme les autres hommes puisque, après tout, il n'est pas frappé dans ses oeuvres vives, et qu'il est semblable à son prochain excepté sur un point. Mais ce point est capital, en vérité : à âge égal, à santé et à résistance physique égales, la lutte est beaucoup plus âpre et incertaine pour les aveugles que pour les voyants. En effet, que ce soit dans la vie de tous les jours, dans le milieu social et professionnel, la représentation du handicap et de la déficience rend plus difficile toute intégration.

Et réciproquement, les personnes qui ne voient pas ou qui voient mal auront une représentation de l'environnement qui leur est propre. Les voyants ne peuvent que s'imaginer comment on vit dans le noir ou entouré de formes floues ou partielles. De plus, la déficience entraîne des difficultés personnelles, sociales ainsi que professionnelles.

On sait quelle place prend le stress dans notre vie quotidienne : tout le monde est stressé, tendu, les techniques de relaxation se multiplient, on prend toutes sortes de substances pour le gérer. On a des problèmes plus ou moins importants, on rencontre des obstacles, des gênes qui nous mettent dans une situation difficile et on doit y faire face.

Cette impression générale de stress ambiant chez les tout venants pose la question du rapport au stress des personnes qui ont en plus une déficience visuelle.

Nous allons essayer de répondre à ces questions à travers, tout d'abord, des apports théoriques sur la déficience visuelle, le stress et le coping, puis en mettant en place une méthodologie de recherche pour résoudre cette problématique et analyser les résultats obtenus.

La déficience visuelle touche une minorité de gens mais cette population est très hétéroclite. En effet, ce terme regroupe aussi bien les personnes non voyantes que mal voyantes, les personnes étant nées avec cette différence ou l'ayant acquis plus tard, ainsi que les différentes façon dont elle est apparue suite à un accident ou à une maladie. Mais derrière l'absence de l'intégrité d'un sens, il y a surtout des personnes différentes par leurs parcours, leurs expériences. On ne peut donc en aucun cas généraliser des comportements et encore moins une psychologie. Cependant, la plupart des personnes déficientes visuelles vont devoir passer par les mêmes épreuves au cours de leur vie aussi bien professionnelle que personnelle et surtout sociale. En effet, la représentation sociale de la déficience et le handicap qu'elle génère met une barrière dans la communication entre les personnes déficientes et "les autres". De plus, l'intégration professionnelle est souvent difficile, tout d'abord parce que cette population est souvent cantonnée au domaine de la musique, et ensuite parce qu'ils devront, plus que tout le monde, montrer et démontrer leurs capacités souvent occultées par la déficience.

L'objet de notre étude est d'analyser les conséquences psychologiques que peut engendrer la déficience visuelle. Notre recherche va donc essayer de déterminer l'impact de l'absence de la vue sur la perception des événements considérés comme menaçants, le stress qu'ils engendrent et les stratégies de coping mises en place pour y faire face.

Notre hypothèse générale est donc la suivante : les personnes non ou mal voyantes n'ont d'autre choix que de vivre dans notre monde qui ne leur est pas adapté. Par conséquent, l'interaction des non ou mal voyants avec leur environnement sera modulée par les problèmes quotidiens, par les difficultés rencontrées pour pouvoir s'intégrer professionnellement ou socialement. Les événements stressants et leurs conséquences sur l'individu pourraient donc être différents par rapport à une personne voyante. De plus, cette spécificité physique pourrait influencer la façon de gérer ces stress. Les stratégies pour faire face risquent d'être modulées par l'absence de la vue.

Nous avons donc comparé la population des tout venant avec celle des personnes atteintes de déficience visuelle composées chacune de 58 personnes.. Nous leur avons demandé de classer des événements, puis de remplir un questionnaire sur le stress et les stratégies de coping résultant de l'événement considéré comme étant le plus stressant.

A partir de l'analyse des résultats recueillis, nous avons pu valider notre première hypothèse opérationnelle. En effet, les personnes déficientes visuelles ne considèrent pas les mêmes événements comme étant stressants que les tout venant : les personnes atteintes de déficience visuelle sont plus sensibles aux "petits tracas répétitifs" et au fait de "déménager" que les tout venants, mais moins sensibles "aux problèmes au travail" et "aux problèmes financiers".
En ce qui concerne le stress, nous n'avons pu que valider partiellement l'hypothèse opérationnelle. Les personnes déficientes visuelles ont plus de manifestations psychologiques et psychophysiologiques que les voyants et un niveau de stress supérieur au tout venant. Par contre les stratégies de coping mises en place pour faire face à ces stress sont identiques pour les deux populations exceptée la stratégie de conversion qui est plus utilisée par les non ou mal voyants.
Pour finir, grâce aux corrélations, on constate que pour les personnes déficientes visuelles, plus les problèmes au travail seront présents et moins ils impliqueront de manifestation de stress. Contrairement aux tout venant, où cet événement engendrera des manifestations psychophysiologiques et des troubles liés à la temporalité. En ce qui concerne les stratégies de coping mises en place face à des manifestations importantes de stress, on constate que chez les personnes déficientes visuelles comme chez les tout venant, plus le stress augmente, plus elles utilisent le retrait.

Pour conclure, nous pouvons dire que grâce à cette recherche, nous nous sommes rendu compte que la déficience a beaucoup de conséquences sur la personne elle-même et sur son environnement. Mais leur rapport au stress et la façon de le gérer n'est pas si différente des tout venant.

Anne Coste

Définition du coping

Le terme de coping fait référence à l'ensemble des processus qu'un individu interpose entre lui et un événement éprouvant, afin d'en maîtriser ou diminuer l'impact sur son bien-être physique et psychique.

Les individus ne subissent en effet pas passivement les situations difficiles qui s'imposent à eux, mais interviennent constamment pour établir des conditions qui leur soient propices. Cette tentative de maîtrise poursuit deux buts essentiels : éliminer ou réduire les conditions environnementales stressantes, mais aussi le sentiment de détresse qu'elles induisent.

L'étymologie du verbe anglais to cope (affronter, faire face, venir à bout, s'en tirer, etc.) trouverait son origine dans le vieux français : coup, couper (frapper) ; et au-delà le latin colpus, colaphus, et le grec kolaphos : frapper de façon vive et répétitive, en particulier avec la main (Paulhan & al., 1995). Cela souligne le caractère actif et conscient du processus, qu'il convient donc de distinguer des mécanismes de défense.

Le terme anglo-saxon coping strategy est traduit dans la littérature scientifique française par stratégie de faire face ou stratégie d'ajustement.

A notre sens, faire face ne convient pas car il souligne le caractère confrontatif du processus, or parmi les stratégies de coping il en est qui consistent à éviter le problème.

Ajustement ne convient pas davantage, car il n'est pour nous qu'une forme particulière de coping dans la finalité même de son action directe sur la situation. Nous conserverons donc le terme de « coping » pour éviter toute connotation non appropriée.

Lazarus et Folkman définissent le coping comme l'ensemble des efforts cognitifs et comportementaux toujours changeants que déploie l'individu pour répondre à des demandes internes et/ou externes spécifiques, évaluées comme très fortes et dépassant ses ressources adaptatives (Lazarus & al., 1984, p. 141).>> p.63 Source : http://perso.wanadoo.fr/jacques.nimier/coping.htm

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